Être un bon allié du féminisme

Je fais partie des femmes qui considèrent qu’un homme, profitant au sein de la société, qu’il le veuille ou non, de privilèges provenant de l’exploitation quotidienne des femmes, ne peut pas se revendiquer féministe. Mais cela ne signifie pas que les hommes n’ont pas un rôle à jouer, au contraire. Et c’est pour ça qu’aujourd’hui j’ai envie de vous parler des alliés du féminisme. Car encore faut-il savoir ce que l’on entend par « allié » et ce que l’on attend d’un allié. Voici donc une liste de points qui me paraissent essentiels.

1. Ne revendiquez pas le titre de « féministe »

Cela montre que vous avez conscience que votre place ne peut en aucun cas être au même niveau et avoir la même importance que notre place au sein d’une lutte qui concerne nos droits. Vous profitez concrètement chaque jour de notre exploitation et cela ne va pas changer en un claquement de doigts. Comprenez par ailleurs que dans une société où les femmes sont sans cesse relayées au second plan, vous allez devoir accepter de passer pour une fois au second plan vous aussi. Si cela ne vous paraît pas évident, si par exemple cela vous semble injuste que des féministes puissent exclure les hommes de certaines discussions / réunions / conférences, alors le chemin qui mène à un rôle d’allié efficace et de qualité risque d’être long.

2. Soyez humble

Le chemin d’allié s’emprunte avec beaucoup d’humilité. L’idée ici est de remettre en question ce que l’on croyait comprendre du monde pour découvrir des vécus et une réalité politique qu’on ignorait ou qu’on pensait connaître. C’est complexe, c’est long et ça peut même être parfois douloureux. Certains (beaucoup trop) d’hommes préfèrent donc par facilité et par confort s’en tenir à leur vision du monde, et vont jusqu’à expliquer aux femmes ce qu’est vraiment le féminisme, et comment elles devraient mener leurs luttes, et quels sont les sujets à traiter en priorité… Bref, vous connaissez ces spécimens.

Certains vont même jusqu’à expliquer à des femmes ce qu’elles vivent vraiment au quotidien alors qu’eux-mêmes n’expérimenteront jamais le sexisme. On appelle ça du mansplaining : c’est inutile, c’est chiant, c’est ridicule. Ne soyez pas ce genre de personnes ridicules. Par contre n’hésitez pas à vous en donner à coeur joie si vous croisez des mansplainers et à les remettre à leur place, ça, vous pouvez, et c’est même vivement conseillé. Et puis si vraiment vous aimez former les autres, il y a des milliers d’hommes absolument ignorants des questions liées au féminisme auxquels vous pourrez apprendre plein de choses si le coeur vous en dit !

3. Votre bilan personnel

Le plus gros chantier du travail d’allié, et celui qui va vous occuper à plein temps, c’est de réfléchir à la manière dont vous participez directement ou indirectement à l’oppression des femmes. Parce que oui, vous avez des comportements sexistes, dont beaucoup que vous n’avez jamais identifiés (hello sexisme ordinaire, bonjour sexisme bienveillant). Dans le milieu du militantisme on appelle également ce travail « la déconstruction ». L’image est explicite : nous nous construisons socialement depuis notre naissance et un jour il est bon de s’arrêter un moment et d’étudier cette construction. Avec honnêteté. Quelques questions par exemple parmi beaucoup d’autres :

  • Quelle éducation vous ont donnée vos parents ?
  • Quel enfant, quel adolescent avez-vous été ?
  • Qu’est-ce pour vous le féminin, le masculin, le genre ?
  • Comment abordez-vous la drague, les relations amoureuses et sexuelles ?
  • Êtes-vous sûr d’être au point sur la question du consentement ?

Tant de sujets à creuser pour identifier vos schémas virilistes / misogynes dans l’objectif de les démanteler pour reconstruire à la place quelque chose de plus sain, de plus solide. Quelque chose qui correspond mieux à la personne que vous voulez être au lieu de correspondre à une personne que la société, que vos rencontres, que vos expériences ont contribué à modeler parfois sans que vous en ayez conscience.

4. Personnel mais pas que

Être un allié ça veut souvent dire fréquenter des milieux féministes, que ce soit plus ou moins régulièrement, ça veut dire écouter des féministes, lire des féministes. Et donc ça veut dire que vous allez en prendre plein la tronche. Enfin, vous allez sûrement le ressentir comme tel avant de comprendre que les féministes parlent « des hommes », pas de vous en particulier, déjà tout simplement parce qu’elles ne vous connaissent pas, et puis surtout parce qu’elles s’en tapent le cul par terre de votre petite personne.

Mais vous, vous êtes un homme non ? Donc vous êtes concerné par ces discussions sur « les hommes » non ? Oui tout à fait Roger, et d’ailleurs parfois vous vous sentirez visé car vous vous reconnaitrez dans des critiques émises par les féministes. Et si vous êtes amené à vous exprimer sur des questions féministes vous pourrez également recevoir des critiques qui vous seront personnellement adressé. Je ne prétends pas que tout ce que dit une féministe est parole d’évangile, il y a d’ailleurs des féministes avec lesquelles je ne suis pas d’accord (mais nous reviendrons sur ce point). De plus par ego on a tendance à se défendre « par principe ». Mais gardez bien en tête qu’en tant qu’homme vous êtes loin d’être objectif donc vous devez prendre le temps d’écouter les critiques que vous recevez directement ou indirectement (quand il est questions « des hommes »). Ce sont des occasions d’apprendre et d’avancer.

5. Éduquez-vous

Personne ne nait en ayant les connaissances nécessaires pour appréhender le monde qui l’entoure. Vous n’avez pas besoin de suivre un cursus de sociologie pour mieux comprendre les questions féministes (mais si cela vous intéresse, allez-y !). Si vous disposez d’un accès internet vous pouvez déjà trouver de nombreuses ressources sur beaucoup de questions féministes. Pensez aussi aux réseaux sociaux, blogs, podcasts, vidéos, articles de presse, livres etc.

6. Mais soyez autonome

Rien de plus agaçant que ces hommes qui exigent qu’on leur réponde, qu’on leur explique, qu’on leur fournisse des liens, des références, des études, surtout quand ils n’ont même pas les bases des bases de connaissances sur le sujet dont ils veulent discuter. J’espère que vous avez compris que votre rôle n’était pas de fatiguer les féministes et de leur faire perdre du temps, mais bien de les aider. Est-ce que ça signifie que vous ne pouvez pas poser des questions ? Non bien sûr. Mais tout ce que vous pouvez trouver par vous-même, cherchez-le par vous-même. Et si vous avez des questions, acceptez que peut-être la personne en face de vous n’aura pas le temps ou l’envie d’y répondre. Nous n’avons pas de devoir de pédagogie, certaines ont parfois envie de donner de leur temps, certaines ne le font pas. C’est comme ça et c’est normal.

7. Soyez attentif dans votre quotidien

Quand on ne subit pas une discrimination on est très souvent aveugle à ses manifestations. Alors si vous voulez devenir un bon allié, il va falloir commencer par ouvrir grands vos yeux et vos oreilles. Écoutez les conversations, observez les comportements. Posez un regard neuf et critique sur le contenu culturel et médiatique qui vous est proposé au quotidien (réseaux sociaux, publicités, livres, films, musique etc.). Etudiez la société dans laquelle vous vivez et les individus qui la composent.

8. Écoutez les femmes qui vous entourent

Beaucoup d’hommes ne s’intéressent absolument pas au vécu des femmes et sont tout étonnés quand on leur explique ce qu’est le harcèlement de rue par exemple (et cette pseudo naïveté est souvent très agaçante). Pire, ils sont parfois tellement déconnectés de la réalité de ce que nous vivons qu’ils nous accusent d’exagérer voire même de mentir. Vous voulez être un bon allié ? Alors intéressez-vous aux femmes qui vous entourent.

Qui sont-elles ? Quel est leur vécu en tant que femmes au sein d’une société sexiste ? Avez-vous déjà échangé autour de ces questions avec votre fille, votre compagne, votre soeur, votre mère ? Votre grand-mère ? Croyez-moi, les ainées ont souvent beaucoup de choses à nous raconter et à nous apprendre ! Pensez aussi à vos amies, à vos collègues, à vos voisines. É-cou-tez. Il y a autour de vous autant de femmes que de vécus précieux à découvrir. Vous ne pourrez pas comprendre le sexisme par le biais de l’expérience, mais à travers les récits vous en apprendrez énormément et cela vous aidera beaucoup à avancer.

9. Partagez, diffusez

Je ne sais pas si vous êtes au courant mais les femmes sont moins écoutées au sein de notre société que les hommes. Un de vos rôles ne sera donc pas de parler à leur place pour faire entendre leur message (nope) mais de profiter de votre audience privilégiée pour les mettre en avant. C’est un peu comme si vous aviez la chance en tant qu’homme de disposer d’un panneau publicitaire sur l’avenue Rivoli. Eh bien votre rôle d’allié serait de proposer aux féministes qui n’ont pas cette chance d’utiliser ce panneau pour mettre un avant un contenu féministe, contenu malheureusement trop souvent ignoré sauf quand un homme se l’approprie. Donc diffusez un maximum, soyez un relais efficace, partagez les découvertes que vous faites et le savoir que vous avec acquis.

10. Ne participez pas aux divergences d’opinion entre féministes

Oui il y a des sujets qui divisent. La question du genre par exemple amène souvent beaucoup de débats, celle de la sexualité aussi ou encore celle de l’industrie pornographique. Nous pouvons aussi avoir des divergences d’opinion sur la manière de mener nos combats. En fait tout peut être discuté et tout peut être source de conflits. Spoiler : les féministes ne partagent pas toutes le même avis. D’ailleurs il n’y a pas un féminisme mais bien des féminismes.

Mais alors du coup que faire en tant qu’allié si on se retrouve au milieu d’un désaccord entre féministes ? Eh bien selon moi, en dehors des propos et des attitudes discriminantes (putophobie, islamophobie etc.) qui ne sont pas acceptables et qu’il faut clairement condamner, les alliés n’ont pas à intervenir dans des débats traitant de sujets féministes. En tant qu’homme ce n’est pas votre rôle de soutenir tel ou tel camp en prenant position pour, et donc aussi et surtout contre, certaines féministes. Vous avez votre liberté de pensée, mais n’intervenez pas : les féministes sont grandes, elles savent comment mener leurs débats internes, tout autant que leurs luttes, sans avoir besoin de l’aide des hommes.

11. Le trophée du meilleur allié

Je vois beaucoup trop d’allié·e·s, tous combats confondus, courir après les cookies pour… je ne sais quelles raisons à vrai dire. Et malheureusement cela conduit à des comportements parfois très toxiques avec des conséquences réelles sur nos luttes et les personnes qui militent. Personne ne veut de ces super wokies qui essaient d’être califes à la place du calife, qui occupent le devant la scène et crient plus fort que les autres pour montrer qu’iels sont les meilleur·e·s allié·e·s. Ce n’est pas une compétition, il n’y a rien à gagner. Et croyez-moi, en agissant ainsi vous risquez surtout de voir un jour les personnes concernées se rendre compte de votre petit manège et vous tomber sur le coin de la margoulette pour vous remettre à votre place. Et vous l’aurez mérité. On ne le répètera jamais assez : un bon allié sait quand il faut rester à sa place et se taire.

12. Connaissez votre cible

Vous n’avez pas à expliquer à une femme féministe en quoi son approche n’est pas la bonne parce que vous, vous pensez qu’il vaut mieux privilégier telle ou telle stratégie. Mais qu’en est-il des femmes qui tiennent des propos sexistes ? Voilà mon avis : ce n’est pas votre cible. Oui les femmes aussi sont sexistes, nous sommes élevées dans la même société que vous. Mais comprenez bien que ces femmes scient la branche sur laquelle elles sont assises, elles sont avant tout des victimes de la société patriarcale. Alors ce n’est pas à vous, privilégié, de venir les remettre à leur place. Laissez ce travail aux féministes si elles souhaitent s’en charger. Moi par exemple je m’en prends très rarement aux femmes qui racontent du caca sexiste. Mais je peux comprendre que certaines féministes n’arrivent pas à laisser passer des propos odieux. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas votre affaire. Votre cible ce sont les hommes.

13. Un engagement concret

Défendre les droits des femmes c’est bien mais si, quand votre meilleur pote se permet de faire des commentaires salaces sur la mini jupe de la serveuse du bistrot du coin, vous vous contentez d’un sourire complice parce que vous préférez respecter le bro code et ne pas prendre le risque de vous fâcher avec lui, alors vous continuez à profiter salement de vos privilèges sur le dos des femmes. Et ça ce n’est pas être un allié. Bien sûr personne ne vous demande de mettre votre sécurité alimentaire en péril mais soyons honnêtes : il y a beaucoup de choses que vous pouvez faire avant d’en arriver à quitter votre travail du jour au lendemain parce que vous avez appris que votre collègue était moins bien payée que vous à compétences égales.

Ce que je veux dire par là c’est que si votre engagement dans la lutte féministe se résume à de nobles pensées et à de beaux sentiments, cela n’a pas grand intérêt. Les hommes qui utilisent le féminisme uniquement pour s’acheter une bonne conscience et qui, dans la vie réelle font tout pour conserver leurs privilèges, font partie des individus que les féministes méprisent le plus (les fameux profem, beurk). Nous, nous n’avons pas le choix, tous les jours nous affrontons une société qui nous est hostile. Vous voulez être un bon allié féministe ? Alors entrez dans l’arène et soyez prêt à mettre en danger, voire à renoncer à certains de vos privilèges. Soyez courageux et agissez concrètement.

14. Les potes, les collègues, les inconnus

Je ne vais pas évoquer dans cet articles les situations dangereuses, comme dans le cas d’une agression par exemple, des situations pour lesquelles il faut agir tout en évitant de se mettre soi-même en danger. Allié, pas allié, ce n’est pas la question. En tant qu’être humain il est important de porter assistance à une personne en détresse, même si ce n’est pas toujours facile.

Ce point étant clos, revenons à la vie de tous les jours. Je ne doute pas que vous vous trouverez face à d’innombrables situations où vous pourrez remettre des hommes à leur place, où vous pourrez leur expliquer en quoi leurs mots ou leur comportements sont problématiques. Un point de vigilance néanmoins : ne pas prendre la parole à la place d’une femme qui n’avait pas besoin de vous pour se défendre. Un allié n’est pas un chevalier blanc. Si vous êtes dans une situation où la femme ciblée par des attaques misogynes est présente, n’hésitez pas à proposer votre aide avant d’intervenir.

15. Encore du travail ?

Il est important que vous preniez conscience qu’il existe des femmes noires, des femmes grosses, des femmes transgenres, des femmes handicapées, des femmes pauvres etc. Beaucoup de femmes ne subissent pas une mais plusieurs oppressions à la fois, et cela rend leur vécu unique et les difficultés qu’elles traversent sont spécifiques. Si vous voulez être un bon allié, alors il vous faudra aussi comprendre comment fonctionnent les autres systèmes de domination car tout est interconnecté. Désolée de vous l’apprendre mais être un bon allié c’est le travail de toute une vie. Cela vaut aussi pour les féministes, pour n’importe quel·le militant·e, et pour tout être humain qui aspire à un monde plus juste. Mais promis, c’est exaltant et passionnant.

Alors hop hop hop, au travail !

9 réflexions sur “Être un bon allié du féminisme

  1. Ouin ouin jamais je deviendrai le bichon maltais d’une horrible féminazie dont personne ne veut parce qu’elle est trop méchante avec les zhoms ouin ouin

    Commentaire gentiment résumé par la modération

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  2. Chouette un article qui résume bien toute la problématique de manière claire, rapide, fluide !
    J’ai adoré le point 12 ❤ parce que oui, compréhension, sororité, tout ça. Ces pseudo "hommes féministes" qui cherchent à gagner des bons points en te sortant des connaissances à l'emporte-pièce que tu as déjà et qui râlent sur les comportements d'autres femmes au sexisme intériorisé, pensant que les critiquer/corriger va leur permettre d'avoir un cookie de plus… hé non, raté.

    Ce dont je rêve c'est que les hommes se retrouvent entre eux parler alliance au féminisme et déconstruction. Au lieu de venir nous voir pour nous montrer que tiens regarde j'ai lu un article sur le consentement, c'est que je suis un homme gentil, non ?
    (bon j'arrête je vais m'énerver toute seule. Et j'en ris en même temps – tes articles me mettent de la chaleur au cœur)

    Aimé par 1 personne

  3. je suis gynarchiste et ai toujours été convaincu par la supériorité des Femmes depuis ma plus tendre enfance. Le poids de la société patriarcale a fait que j’ai toujours dû garder cela pour moi. je me suis tourné vers des relations Femdom BDSM mais pour moi, cela devrait plus être sociétale. Qu’en pensez Vous ?

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    1. Je pense que les hommes qui ne s’intéressent au « pouvoir des femmes » que parce que ça les fait bander sont à reléguer au même niveau que ceux qui luttent contre nos droits

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    2. Merci Pomme pour Votre réponse et je suis tout à fait d’accord avec Vous sur cette catégorie de personnes mais elles ne sont en aucun cas gynarchiste …

      Imaginez bien que je ressens cela depuis que j’ai 5 ou 6 ans de mes quelques souvenirs.

      Pour en revenir au sujet principal, concevez Vous une possibilité de société matriarcale ou alors quelles sont les alternatives ?

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  4. Merci. D’exister. Et de me montrer que je ne suis pas une horrible personne de penser ça.
    (Mon mari, par exemple, bien que pas mal « déconstruit », trouve que j’ai la « haine des hommes »).

    Aimé par 1 personne

  5. Ouin ouin tu dis les hommes sont inférieurs

    Ouin ouin tu veux qu’on soit des soumis qui s’excusent et se taisent

    Ouin ouin trop méchante

    Commentaire gentiment résumé par la modération

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