Être ou ne pas être misandre

Pour commencer cet article j’aimerais que nous nous mettions d’accord sur quelques points de vocabulaire.

Premièrement, lorsque l’on parle de sexisme, on parle d’un système, d’un fonctionnement, d’une construction sociétales, pas d’actes individuels. Il n’existe donc pas de « sexisme anti-hommes » ou de « sexisme inversé ». En effet, la société dans laquelle nous évoluons est tenue par les hommes et privilégie les hommes.

Deuxièmement, lorsque l’on dit d’un homme qu’il est misogynie, on ne sous-entend pas qu’il déteste chaque femme individuellement pas vrai ? Il a certainement une mère, une sœur, une compagne, une fille, des amies, des collègues ou autres fréquentations féminines qu’il apprécie. Il est donc bien question d’une haine du genre féminin, d’un mépris « des femmes » au sens de groupe genré.

Enfin faisons un point sur ce qu’est une généralité. À la différence d’une « vérité universelle et absolue », la généralité inclue dans sa définition les exceptions. Lorsque l’on parle de généralité on parle de majorité. Cela ne sert donc absolument à rien de reprendre une femme qui fait des généralités en lui rappelant que oui mais #notallmen. Quand on dit « ce sont les hommes qui violent » c’est parce qu’ils sont effectivement les auteurs des viols dans 95% des cas.

Bien. Ceci étant posé, qu’en est-il de la misandrie ? Comme pour la misogynie, la misandrie est une haine du genre masculin et non pas de chaque homme qui peuple cette planète. Il serait bon pour commencer de faire cette distinction car lorsqu’une féministe est accusée de misandrie, cela vole rarement plus haut que « tu détestes tous les hommes » quand ce n’est pas « tu me détestes moi ». Donc Messieurs prenez du recul et arrêtez de vous regarder le nombril, il n’est pas question de vous en particulier.

Selon Wikipédia « la misandrie est un trait de caractère qui se manifeste par un sentiment de mépris ou d’hostilité à l’égard des hommes ». On parle aussi d’un « mépris du genre masculin en tant qu’attitude sexiste ». Du coup moi ce qui m’étonne, ce ne sont pas les femmes qui se revendiquent misandres, mais plus qu’en tant que féministes nous percevions ce terme comme insultant ou infamant. En effet il me semble difficile de ne pas devenir misandre quand, en plus d’avoir les yeux ouverts sur ce que subissent les femmes partout dans le monde, nous vivons nous aussi au quotidien dans notre chaire l’expérience de la misogynie.

Quelles sont les conséquences de la misogynie ? La liste est longue : précarité, exclusion des instances de pouvoir, harcèlement, violences, viols, meurtres etc. Quelles sont les conséquences de la misandrie ? Absolument aucune. Il n’existe pas et il n’a jamais existé de société misandre qui discrimine systématiquement les hommes au profit des femmes, et les maintient sous domination. Et si votre mauvaise foi vous titille et que vous pensez aux actes isolés, je vous invite à réfléchir à la proportion d’actes misogynes perpétrés quotidiennement comparativement aux actes misandres. C’est bon ? Ok on continue.

Maintenant j’aimerais comprendre. Quand une femme ose se revendiquer misandre, à savoir, dire qu’elle ressent une haine réelle face à la masculinité toxique de la société, face aux hommes et au patriarcat, n’a t-elle pas raison ? À moins que vous ne viviez dans une tour d’ivoire, prendre conscience de ce que vivent les femmes au quotidien au sein de nos sociétés est largement suffisant pour ressentir une violente nausée et un gros ras le bol de la masculinité.

Qu’est-ce qui fait si peur ? La misandrie ne s’exprime que par un sentiment, une colère tout à fait légitime. Aucune femme n’a le pouvoir d’asservir les hommes et il n’est pas question ici, à l’image de la misogynie, de demander la permission de harceler, de violer ou de tuer les hommes à tour de bras.

Et puis comment peut-on sérieusement reprocher à une personne discriminée de détester ses oppresseurs ? Qui plus est c’est bien la misogynie des hommes qui entraîne la misandrie des femmes. Cette misandrie devrait interpeller, pousser les hommes à se remettre en question, à se demander en quoi ils contribuent à une réalité sociale aussi nocive et ce qu’ils pourraient faire pour agir concrètement contre le sexisme. Mais non, beaucoup préfèrent se plaindre et demander à ce qu’on les rassure sur le fait que non, eux sont gentils, pas comme « les autres ».

Alors Messieurs, oui vous êtes des hommes donc oui, quand nous critiquons « les hommes », le groupe des hommes, vous pouvez vous sentir visés. Ce n’est pas agréable mais croyez-moi ça l’est beaucoup plus que de subir le sexisme quotidiennement. Profitez de cette opportunité pour apprendre et vous remettre en question, au lieu de sauter à la gorge d’une féministe qui ose faire des « généralités » sur « les hommes ».

Vous évoluez dans une société sexiste, vous avez été élevés dans une culture sexiste, donc vous n’êtes pas une oie blanche. Vous ne pouvez pas être passés à travers le filet du conditionnement. Est-ce que cela fait forcément de vous un violeur ? Non. Mais si vous êtes persuadés que vous n’avez jamais aucun comportement sexiste je pense que vous n’avez pas conscience de toutes les dimensions du sexisme et des formes qu’il emprunte dans votre rapport aux femmes et aux autres de manière générale. Et si vous vous posez la question, c’est pareil pour les femmes, oui. Sauf que si votre misogynie vous permet de protéger un système qui vous avantage, nous, les dominées, notre propre misogynie ne nous sert à rien à part… contribuer à faire perdurer notre oppression. Super.

Pour en revenir au féminisme, il y a deux points importants que je voulais évoquer également. Vous seriez peut-être tenté de penser que la misandrie est le fondement du féminisme mais ce serait mal connaître le féminisme. Car le féminisme n’est pas fondé sur les hommes et la haine que nous pourrions ressentir vis-à-vis d’eux, mais bien sur la conquête, la défense de nos droits et du respect qui nous est du. Spoiler : le féminisme s’intéresse avant tout aux femmes, les hommes ne sont pas au centre de notre attention.

Autre objection, certaines personnes aiment à répéter qu’une féministe ne peut pas être misandre, que c’est contradictoire. Effectivement, mais uniquement si on ne connait pas la définition du terme « misandrie » et qu’on pense qu’une femme misandre est une femme qui désire asservir les hommes. Ce n’est pas le cas et j’espère que vous l’avez compris. Il s’agit d’une femme qui méprise, et cela se comprend, les hommes en tant que groupe d’oppression.

Enfin, une dernière chose. Beaucoup de féministes se revendiquent misandres, oui. Et au-delà du fait que je trouve légitime ce sentiment de haine envers la masculinité de nos sociétés actuelles, je pense qu’il est important de rappeler que ce terme est également très souvent utilisé de manière ironique. Mais oui ! Les féminismes peuvent avoir de l’humour et pratiquent le second degré (le vrai quoi).

Pourquoi utiliser ce terme ? Tout simplement à cause du nombre impressionnant d’hommes qui crient à la misandrie dès qu’une femme ose évoquer une réalité oppressive. C’est un « argument » utilisé abusivement pour discréditer le discours féministe. À croire que le mot « misandrie » remplace le mot « sorcellerie » d’antan. Les misandres au bûcher ! Beaucoup de féministes pleines de sagesse se sont donc réapproprié ce terme pour s’en amuser, rigoler entre elles et se moquer de ces hommes.

En conclusion, à mes yeux l’utilisation du terme misandre n’est absolument pas problématique. Que cela soit parce qu’il me semble sain de cultiver une haine mobilisatrice envers le groupe qui nous oppresse, ou que cela soit parce que le terme misandre est utilisé pour pointer du doigt la bêtise de ces hommes qui s’évertuent à essayer de discréditer les discours féministes qui mettent leur suprématie en danger.

Si vous êtes un homme, essayez de comprendre la légitimité des femmes à être en colère et à ressentir du mépris vis-à-vis de ce que la masculinité fait subir aux femmes. Si vous êtes une femme, loin de moi l’idée de vous inciter à utiliser et à revendiquer ce terme. Mais comprenez également pourquoi certaines femmes l’utilisent et s’il vous plait, n’ajoutez pas votre pierre au tas de gravats que les hommes de mauvaise foi et sans arguments jettent déjà régulièrement sur les féministes à travers leurs accusations de misandrie.

Et pour les autres, soyez misandres et fières de l’être !

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