Objets sexuels

Peut-être existe-t-il en effet des féministes puritaines refusant d’envisager que les femmes puissent être des objets sexuels dans quelque circonstance que ce soit ; mais on a surtout l’impression d’un malentendu persistant. Le problème n’est évidemment pas qu’une femme puisse être envisagée comme un objet sexuel par des hommes qui, par ailleurs, la voient comme une personne globale, dotée d’un libre arbitre. Le problème est qu’elle existe socialement comme un objet sexuel ; qu’elle soit réduite à cela et qu’elle ne puisse jamais affirmer pleinement sa dimension de sujet. Natacha Henry montre bien comment ceux qu’elle appelle les « mecs lourds » se servent de remarques crues, adressées à une collègue, une subordonnée ou une parfaite inconnue, non pas pour séduire (ou alors, ils s’y prennent vraiment très mal), mais pour disqualifier, pour humilier, pour marquer une domination. Quand un vieil avocat, croisant un confrère accompagné de sa jeune stagiaire, lui lance : « C’est ta stagiaire pipe ? », il est difficile de ne pas s’en formaliser en alléguant que, après tout, « les femmes sont des objets sexuels ».

Mona Chollet, Beauté fatale

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