Refuser le corps féminin

« Difficilement réalisable », le « désir d’un corps éthéré » l’est encore plus pour les femmes, dont on a vu que la culture dominante les identifie et les assigne à la corporéité. « Si le corps c’est le mal, et si la femme c’est le corps, alors la femme c’est le mal », résume Susan Bordo. L’anorexique est ainsi prise, dit-elle, « entre transcendance mâle et déchéance femelle ». Portia de Rossi décrit l’interruption dans sa tête, alors qu’elle n’est encore qu’une gamine et qu’elle entame sa carrière de mannequin, d’une voix d’homme qui ne cessera plus, à partir de ce moment, de lui aboyer des ordres et des insultes, à la manière d’un instructeur militaire, dès qu’elle se « laissera aller » : un principe masculin, et pas sous sa forme la plus sympathique, a pris les commandes de son être. L’anorexique ne refuse pas seulement le corps : elle refuse le corps féminin. Elle ne veut à aucun prix devenir une « grosse vache » ou une « grosse truie ». Sa haine se porte plus particulièrement sur les parties de son anatomie liées à la féminité : ventre, seins, hanches. Ce qui est rejeté à travers ces attributs, c’est la figure maternelle, perçue comme à la fois trop puissante – quand il s’agit de sa propre mère – et trop faible, trop vulnérable – quand il s’agit des mères en général et de leur statut social, puisqu’elles sont autant méprisées qu’hypocritement glorifiées.

Mona Chollet, Beauté fatale

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