Supporters mal informés

Les femmes ont le privilège, tout négatif, de n’être pas dupes des jeux où se disputent les privilèges, et, la plupart du temps, de n’y être pas prises, au moins directement, en première personne. Elles peuvent même en voir la vanité et, aussi longtemps qu’elles n’y sont pas engagées par procuration, considérer avec une indulgence amusée les efforts désespérés de l’ « homme-enfant » pour faire l’homme et les désespoirs enfantins où le jettent ses échecs. Elles peuvent prendre sur les jeux les plus sérieux le point de vue distant du spectateur qui observe la tempête depuis la rive – ce qui peut leur valoir d’être perçues comme frivoles et incapables de s’intéresser aux choses sérieuses, telles que la politique. Mais cette distance étant un effet de la domination, elles sont presque toujours condamnées à participer, par une solidarité affective avec le joueur qui n’implique pas une véritable participation intellectuelle et affective au jeu et qui fait d’elles, bien souvent, des supporters inconditionnels mais mal informés de la réalité du jeu et des enjeux.

Pierre Bourdieu, La domination masculine

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