Quand la franchise d’une femme dérange

Sur les sites de rencontre j’arbore une présentation sans détour. J’énonce clairement ce que j’apprécie et ce que je n’apprécie pas. Par exemple j’explique que je prends plaisir à rencontrer des personnes qui ont envie de partager ce qu’elles aiment et ce qu’elles découvrent. A contrario, j’écris également que je n’aime pas qu’on me propose une rencontre au bout de trois messages, pas plus que les hommes à l’humour sexiste et discriminant. Bref, rien de très original me direz-vous !

Et pourtant ! J’ai remarqué qu’énormément d’hommes m’abordaient en m’accusant d’être froide, cassante, agressive, castratrice ! Oui, carrément. Souvent ces critiques sont accompagnées de questions (voire pire, d’affirmations) vraiment hallucinantes du genre « t’es dépressive ? tu essaies de te protéger ? tu as été blessée par les hommes ? », mais aussi de conseils « tu sais tu risques de faire fuir les hommes en parlant comme ça ». Parfois aussi, plus problématique encore, l’homme se sent menacé par ce que j’ai écrit et donc m’agresse gratuitement dès le premier message « toi tu te la racontes, tu te prends pour qui, t’as l’air d’être une *insulte au choix* ». Je vous épargne sur ce blog 95% de ces entrées en matière sans intérêt, mais vous trouverez quand même quelques exemples ici, , here, there ou encore dans ce coin.

J’ai remarqué également que le problème se posait au-delà de ma présentation. En effet je retrouve la même logique lorsque j’échange avec certains hommes et mon blog en présente quelques extraits significatifs. J’ai constaté qu’on attendait de moi, en tant que femme, que j’enrobe de caramel tout ce que je dis voire même, que j’évite de dire certaines choses. Par exemple ces hommes m’accusent d’être mal élevée quand je leur dis poliment que je vais couper la conversation et que je leur souhaite bonne continuation. Pourtant si vous avez fréquenté ce genre de sites, vous savez très certainement que la règle est plutôt de ne plus répondre quand cela ne nous intéresse plus. Je suis donc objectivement loin de manquer de politesse lorsque j’agis comme ça.

Mais dans le fond la politesse est une excuse. Le fait est que ce n’est pas tolérable de dire ouvertement à un homme qu’on ne s’intéresse pas à lui. Ceux qui vont réagir cordialement en me disant « ok pas de soucis, c’est dommage mais bonne route à toi » sont extrêmement rares. Ces hommes ont raison. Je suis effectivement mal élevée, j’ai mal assimilé le fait qu’on ne répondait pas à son père, qu’on en répondait pas à son instituteur, à son patron et de manière générale aux hommes qui nous entourent.

Paradoxalement, ces mêmes hommes se plaignent également que les femmes choisissent la plupart du temps d’user du silence radio, encore un manque de politesse selon eux. Mais étant donné que pour beaucoup d’hommes « non » est une réponse inacceptable, peu importe la manière dont elle est formulée, et qu’ils sont prompts à insulter les femmes quand elle expliquent qu’elles souhaitent arrêter la discussion, eh bien… Oui, elles ne disent rien et disparaissent. C’est normal, quand on sait qu’on risque de se faire insulter, on préfère clairement s’enfuir sans un mot. Au final, ce qui est mal poli c’est de ne pas s’intéresser à l’homme. Qu’on l’énonce clairement ou qu’on ne réponde plus, c’est pareil. Si vous voulez être polie, continuez à discuter avec cet homme. Tout autre attitude sera condamnée.

De manière générale lorsque je discute je suis très factuelle. Si vous suivez mon blog vous aurez remarqué que le premier degré est une de mes armes préférée. Si je ne suis pas d’accord je le dis, si je n’ai pas envie de quelque chose je le dis, si je n’apprécie pas quelque chose je le dis. Bref, je suis franche tout simplement. Et ça très souvent ça ne plait pas, mais alors pas du tout.

J’ai fini par comprendre que ce n’était pas ce qu’on attendait de moi. On attend de moi que je minaude, on attend de moi que je protège les ego fragiles. Si un homme me propose de le rencontrer, je ne dois pas dire « non ça ne m’intéresse pas » mais « je voudrais bien hein je te jure mais je ne peux pas parce que… ». On attend de moi que je tourne autour du pot, que j’élude, que je trouve des excuses. On attend de moi que je mente.

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Si j’ai fait ce blog c’est aussi pour dénoncer ce genre de pressions que je ressens de manière extrêmement forte dans les discussions que je peux avoir sur internet avec un nombre relativement significatif d’hommes. Leur perception est tellement déviante que lorsqu’ils rencontrent une femme forte ils pensent que c’est une femme fragile. Combien de fois m’a t-on gentiment expliqué que j’avais « une carapace » ? Une carapace (une femme ?) que l’homme doit briser pour pouvoir accéder à « la vraie femme » douce et sage qui se cache en-dessous. Une femme qui a construit cette carapace car trop apeurée et trop blessée. Car une femme franche est une femme agressive, malade, instable, meurtrie, malheureuse, et ce bien sûr à cause… des hommes, centres de son monde. Une femme qui dit ce qu’elle pense et ce qu’elle ressent sans minauder est une femme défaillante. C’est une femme abîmée par un homme qu’un autre devra soigner pour qu’elle redevienne douce. Et c’est bien là la seule raison valable qu’ils trouvent pour expliquer la franchise d’une femme qui se permet de leur parler sans détour.

Quoi qu’il se passe une femme doit être charmante, désirable et continuer à faire croire que peut-être… sur un malentendu… Elle doit être douce en toutes circonstances. Elle ne doit pas répondre, contredire, contrarier. Le monde de la franchise est le monde de l’homme. Son monde à elle est celui des sous-entendus, des signes (des paillettes et du rose pastel). Elle doit rester à sa place. Une femme franche se permet d’investir le monde masculin, elle menace donc la masculinité et ça ce n’est pas acceptable.

J’espère que beaucoup de ces hommes savent que ces attitudes typiquement féminines ne sont pas sincères, mais ils pensent que c’est dans la nature des femmes tout simplement de ne pas être honnêtes. Ils sont incapables de comprendre que la dissimulation, le travestissement, l’excuse, le mensonge sont en fait des réactions de protection face à la domination. Et puis là n’est pas la question, même si certains hommes en ont conscience ils oublient cette réalité facilement et exigent que les femmes jouent leur rôle et leur rendent les choses plus confortables, moins « violentes ». Comme disait Pierre-Jules Stahl « La franchise est si peu naturelle aux femmes, que dans leur bouche elle prend tout de suite les allures de la brutalité ». À partir du moment où nous nous exprimons, où nous agissons, alors nous agressons. Mais comment osent-ils parler de violence ?

La violence c’est ce que nous nous risquons si nous leur parlons en tant qu’égale, c’est la menace, c’est la punition. Combien d’hommes m’ont insultée parce que j’osais leur dire frontalement qu’ils ne m’intéressaient pas, que je n’étais pas d’accord avec eux, que je n’appréciais pas leur comportement ? Combien m’ont menacée pour… tellement peu, tellement rien, juste le fait d’exister et de rester intègre, tête haute ? Et là je vous parle de discussions sur internet. Je ne risque pas grand chose derrière mon écran, j’ai cette liberté de réponse, cette liberté de parole. Mais quid du face à face ?

Être franche ce n’est pas se protéger non, c’est s’exposer, répondre c’est s’exposer, réagir c’est s’exposer. Car la société patriarcale nous a appris qu’il valait mieux fermer notre gueule, sourire, baisser la tête et s’enfuir discrètement. Elle nous rappelle sans cesse que nous sommes faibles et vulnérables. Cette règle de se faire petites nous l’avons toutes internalisée. C’est lorsque nous nous conformons à cette injonction que nous essayons de nous protéger, pas quand nous osons défier les règles et les hommes.

Je n’aurais sûrement pas de bonnes idées à partager avec vous pour vous défendre des agressions quotidiennes que vous subissez. Je vous recommande à cet effet l’excellent groupe Répondons qui est un lieu d’échange pour réagir aux attaques, n’hésitez pas à nous rejoindre sur Facebook. Je vous propose aussi de découvrir le livre d’Irene Zeilinger « Non c’est non » consultable en ligne à cette adresse, un livre dont je partagerai sûrement avec vous quelques extraits dans ma section lecture.

À ma petite échelle néanmoins, je peux déjà vous inviter à vous défendre sur internet parce que je pense que c’est un espace relativement protégé que nous pouvons (ré)investir et je pense, j’espère, qu’apprendre à répondre à l’écrit peut donner plus de confiance pour répondre en face à face. J’espère que les exemples que je partage avec vous seront autant de pistes à explorer pour déjà reconnaître les comportements à ne pas, à ne plus accepter de la part des hommes, et j’espère que ces exemples pourront vous aider à vous affirmer face à eux, pour que la franchise ne soit plus considérée comme une tare chez la femme mais comme une évidence.

You go girls !

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2 réflexions sur “Quand la franchise d’une femme dérange

  1. Non mais fuck la « douceur »quoi.
    Je suis comme toi absolument tout le temps (quand j’ai un truc à dire, c’est cash), et tant pis pour celles et ceux à qui ça ne plaît pas. Au mieux, ça dérange, ou on me traite de garçon manqué. Comme si le caractère (franc, effacé…) était une affaire de sexe.

    Personnellement, je fais même plus gaffe, même si ça le hérisse le poil. Donc +3000% pour ton coup de gueule!

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    1. Merci pour ton témoignage. « Garçon manqué » comme je déteste cette expression… Pas assez docile pour être une vraie fille et une pâle copie d’un vrai mec.

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